COVID-19 : l’immunologiste strasbourgeoise Sylviane Muller parmi les 12 experts qui conseillent le gouvernement.

La chercheuse Sylviane Muller, récompensée de la Médaille de l’innovation du CNRS pour sa découverte d’un traitement contre le lupus, fait partie des spécialistes sélectionnés, elle nous raconte son quotidien au sein du conseil.

Le 24 mars 2020, un nouveau conseil scientifique a été créé pour conseiller le gouvernement durant la crise sanitaire liée à la COVID-19 : le CARE, pour Comité Analyse Recherche et Expertise. L’Elysée précise que ce conseil « assurera notamment le suivi des études thérapeutiques autorisées en France et les essais engagés sur des traitements à l’étranger ». Il est composé de 12 chercheurs, chercheuses et médecins, des experts reconnus pour leurs travaux dans la recherche de traitements contre de célèbres maladies.

Composé en grande majorité de médecins et de chercheurs spécialistes des infections, le CARE est présidé par Françoise Barré-Sinoussi, éminente virologiste à l’Institut Pasteur (Inserm), prix Nobel 2008 de physiologie ou médecine pour ses travaux sur le VIH. Récemment élue membre de l’Académie européenne des sciences, la directrice de recherche émérite du CNRS Sylviane Muller et Professeure à l’USIAS en charge de la chaire d’immunologie thérapeutique, a été sélectionnée pour son expertise en immunologie et son expérience dans le suivi du développement de médicaments. En effet, la chercheuse est rodée aux processus des tests cliniques : elle est à l’origine de la découverte d’une molécule permettant de réduire les symptômes chez des patients atteints d’une maladie auto-immune, le lupus. L’efficacité de cette molécule est aujourd’hui évaluée dans des essais cliniques avancés de phase III sur des patients atteints de cette pathologie du système immunitaire.

La chercheuse est aussi la directrice du centre de recherche du médicament Medalis, un Laboratoire d’Excellence (LabEx) qui fait partie de l’action « Initiatives d’excellence » (IDEX) de l’Université de Strasbourg. En 2021, elle portera l’Institut du Médicament de Strasbourg (IMS) labellisé pour 8 ans par l’Université de Strasbourg. Depuis sa création en 2011 dans le cadre du programme français «Investissements d’Avenir», une startup par an a été lancée par Medalis pour, à termes, porter sur le marché de nouveaux médicaments issus de la recherche de pointe du campus strasbourgeois, une success story inégalée dans le monde académique Français.

Durant sa carrière, Sylviane Muller a également participé à des recherches sur l’élaboration de vaccins préventifs basés sur des peptides synthétiques pour les virus du SIDA, de la fièvre aphteuse et de la grippe, une expertise prisée aujourd’hui : plus de 200 candidats vaccins sont actuellement à l’étude à travers le monde dans le cadre de la COVID-19, et des dizaines d’essais cliniques sont en cours (selon l’OMS).

La chercheuse témoigne de son quotidien au CARE, une aventure intense et passionnante : « l’une nos missions est de rédiger des synthèses très brèves (6-7 pages) sur des sujets en lien direct avec l’épidémie et ses conséquences (diagnostic, thérapies, vaccins, épidémiologiques, SHS). L’exercice est difficile car nous devons émettre rapidement des avis pertinents qui pourront directement influencer certaines décisions politiques. Tous les sujets sont débattus à 12 au consensus afin d’émettre des avis scientifiquement solides, documentés et responsables. Ce travail est colossal, il comprend de nombreuses heures passées à parcourir la bibliographie scientifique, écouter les avis, s’informer, débattre en visioconférence entre nous, puis à rédiger nos rapports en termes concis, informatifs pas trop pointus. Il m’est arrivé de travailler pratiquement 20h par jour dans la période critique, mais les sujets étaient passionnants, parfois en dehors de mon domaine d’expertise, une découverte de travaux de confrères absolument captivants. »

Les 12 membres du CARE (dont certains sont également membres du Conseil scientifique) ont également pour mission d’émettre des avis sur des projets de recherche ou d’études proposés par les laboratoires académiques français au Ministère de la Recherche et de l’innovation (MESRI). Le CARE travaille en lien étroit avec REACTing, un consortium multidisciplinaire rassemblant des équipes et laboratoires d’excellence instaurée par l’INSERM et l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan). « Dans le cadre de REACTing, nous avons assisté et participé aux auditions hebdomadaires des porteurs de projets et nous bénéficions aussi grandement de l’envoi de documents de veille scientifique sur tous les travaux en lien avec la COVID-19 ». Les experts de REACTing relayés par le Ministères synthétisent l’ensemble des articles publiés (ainsi que ceux rétractés) à travers le monde et permettent aux membres du CARE d’être informés en temps réel des avancées de la recherche internationale.

Le CARE est, comme son nom l’indique, un conseil uniquement consultatif. Sylviane Muller admet que la frustration est parfois au rendez-vous quand on ne sait pas très bien où aboutissent leurs notes et avis. « Mais nous admettons bien aussi que le gouvernement possède une vision plus macroscopique de la situation.  L’expertise scientifique est absolument essentielle mais pas seule en jeu pour décider des politiques à prendre une décision durant une telle crise. Une demi-journée de confinement est évaluée à 30 M€ de pertes pour le pays ! Nous comprenons que, parfois, les décisions ne suivent pas exactement nos conseils, la crise économique engendrée et les considérations de santé mentale créées par l’arrivée de ce virus étant un facteur tout aussi important pour les français qui la subissent de plein fouet. »

La chercheuse termine par une note positive. « Cette crise sanitaire sans conteste aura l’avantage de faire avancer la science à pas de géant. Des jalons d’innovation et des sauts de compétences ont toujours émergé de situations de crise. Face à l’urgence d’une épidémie de cette dimension avec des délais très courts, toutes les forces des laboratoires se sont mobilisées. C’est fascinant de voir comme cette pandémie a permis l’émergence rapide de solutions thérapeutiques innovantes, d’abord de repositionnement de médicaments existants puis de propositions de nouvelles solutions ; je pense notamment au développement de tests rapides de diagnostic, de vaccins novateurs où des nanoparticules portent des fragments du virus, ainsi qu’à des travaux prometteurs pour bloquer l’entrée du virus dans la cellule ou d’interférer avec des mécanismes exploités par le virus dans la cellule, bien d’autres dans le domaine de l’intelligence artificielle etc … Toutes ses innovations serviront pour lutter contre d’autres maladies infectieuses émergentes ».

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« C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus. Je réunis aujourd’hui nos meilleurs chercheurs pour progresser sur les diagnostics et les traitements. Notre effort de recherche est totalement mobilisé dans la lutte contre le Covid-19 », a annoncé Emmanuel Macron dans un tweet.

La composition du Care :

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008, Jean-Philippe Spano (cancérologue), Yazdan Yazdanpanah (infectiologue-épidémiologiste), Franck Molina (chercheur au CNRS), Dominique Valeyre (professeur de pneumologie), Bertrand Thirion (chercheur à l’Inria), Sylviane Muller (Immunologiste, Campus universitaire de Strasbourg), Laetitia Atlani-Duault (chercheuse à l’IRD et anthropologue), Marie-Paule Kieny (chercheuse à l’Inserm, infectiologue), Muriel Vayssier (Directrice du département Santé animale de l’Inra), Marc Lecuit (professeur d’infectiologie) et Christophe Junot (chef du département médicaments et technologies pour la santé du CEA).

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